30 juin 2009
La piel
Comme une idiote, j’avais bu deux whiskys avant de lui ouvrir la porte, pour avoir le courage de m’ouvrir à lui et celui de le violer sans violence mais avec préméditation . L’étreinte toute déloyale fut-elle, entre midi et deux, se déroula comme un drap sur un lit rempli de rêves immobiles et silencieux. De ces rêves pantouflards et casaniers qui aiment faire la grasse matinée.
Qui était-il dans le prolongement de mes mains, dans la continuité de ma bouche, l’enchaînement de mes lèvres ?
Je savais seulement que j’allais l’aimer mais mon corps lui, l’aimait déjà.
Que voulez-vous, dans son indiscipline la peau est toujours sincère et affranchie.
Bonnes vacances à tous.
26 juin 2009
23 juin 2009
Le métronome
Sa femme cuisine l'indifférence insipide pour le repas d'une cène sans apôtres. Depuis des années déjà il est le Judas coupable de son propre calvaire. Son cadet se moque de ses morales désuètes et de la félonie intime qui n'a trahi que lui. Son aîné a décidé un jour de le laisser sur sa croix en quittant la maison pour aller faire sa vie.
Sa fenêtre donne sur la lucidité, dans le salon l’oxygène est plein de vieux faussaires. Il a oublié le vocabulaire de la liberté, mais les lasagnes ont parfumé la maison. Il sniffe leur parfum pour s’envoler dans un voyage qu'il ne fera jamais. Sa fille enfile une robe d’été, elle ira perdre sa virginité dans un élan révolutionnaire, un acte de loyauté envers son temps. Ses mots peuvent bien sonner riches et indiscutables, il caresse les barreaux rouillés qui le séparent de lui-même. Ses propres retrouvailles lui semblent désormais inutiles.
Il ouvre les volets sur sa vie en fermant les yeux sur la rue où avancent les autres. Et la vieille se bascule dans le mouvement régulier d’un métronome sur ce fauteuil plus vieux encore que tous ses rêves et espoirs. Il avait dit toujours, il avait dit jamais, voilà qu’il ne distingue ni l’un ni l’autre. Même la tendresse a foutu le camp avec une grimace inhumaine. Il l’aurait pourtant habillée d’ors et d’exutoires, il l’aurait enlacée comme on s’offre une amante sensuelle. La liberté s'est lassée de l'attendre et lui ne l'attend plus. Il a perdu les couchers de soleil de sa jeunesse enfouie dans la terre infertile de sa résignation. Le soleil ou les étoiles, c’est la même chose.
Mais où est parti l'amour ? Dans quel cimetière repose-t-il à jamais ? Il briserait tous les barreaux du monde à la force de ses regrets pour pouvoir aller fleurir sa tombe.
21 juin 2009
08 juin 2009
no comment
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Arrivederci, en attendant prenez soin de vous.
Merci.
04 juin 2009
Je pause.
02 juin 2009
Certaines rencontres vous laissent un goût de Oolong dans la gorge.
Des rencontres Funambules, qui cheminent sur le fil du temps.
Elles vous enferment dans un sourire ou une larme,
Au creux du plus beau des silences.
28 mai 2009
Cara
" Fermez les yeux et imaginez ce que voudrez, appropriez-vous les mots, j'ai moi-même imaginé ce que j'ai voulu en écrivant cette chanson."
Mais qui ai-je devant moi ?
Je n’arrive même plus à parler
Dis-moi ce que que tu aimes, je ne comprends pas,
Où voudrais-tu aller ?
Tu veux aller dormir…
Tu as plein de cheveux, personne ne saurait les compter
Pousse la bouteille et laisse-moi regarder
Si on peut se fier à tant de cheveux…
Je connais un endroit dans mon cœur
Où le vent souffle sans cesse
Pour les quelques années que tu as et la centaine que je renferme
Il n’y a rien à comprendre, il faut juste s’asseoir et écouter
Parce que j’ai écrit une chanson pour chaque repentir
Et je dois faire attention à ne pas tomber dans le vin
Où m’effondrer dans tes yeux, si au hasard tu t’approchais.
Tu peux plonger dans le parfum de la nuit,
Personne ne te verra.
Mais pour un pauvre gars comme moi, qui voulait te prendre par la main
Et nous jeter dans un lit.
Quel supplice… quel regret…
J’ai à ne pas te regarder dans les yeux en te disant un nouveau mensonge
Si seulement je ne t’avais pas rencontrée…
Alors que je meurs, tu manges une glace.
Tu cours après le vent, tu ressembles à un papillon
Quel est donc ton sentiment lorsque tu arrêtes ta course derrière mon épaule ?
Si tu as peur de t’éloigner, envole-toi dans ma main
Mais je sais ce que tu penses, tu voudrais t’en aller
Comme si partir équivalait à mourir
Il n’y a rien d’étrange à cela, mais je ne peux pas venir avec toi.
Tu es un papillon qui s’élève pour s’échapper
Et pourtant je me souviens qu’autrefois tu m’aurais laissé te clouer sur ce mur
Si je ne n’avais pas moi-même essayé de m’envoler.
La nuit commence à glacer ma peau
Une nuit mère qui voudrait compter ses étoiles
Et moi, je ne suis qu’un crachat lorsque je crie dit « Olé », je suis perdu.
La nuit se meure
Et c’est con de vouloir arrêter les larmes avec un sourire
Pour un gars comme moi, je te le répète
Qui voulait te prendre par la main et voler au dessus d'un toit
Au loin un train s’arrête
L’aube est splendide, le ciel plein de sérénité
Bon nuit mon âme.
J'éteins la lumière.
Ainsi soit-il.
Lucio Dalla
(J'ai essayé de le traduire avec humilité en conservant du mieux que j'ai pu, la liberté de son interprétation afin de respecter la "Dialectique de l'imaginaire", titre premier de Cara)
25 mai 2009
La fourmi
La maison semble endormie sous ses tuiles orangées et les oiseaux chantent un hymne à la nuit. Je suis certaine que certains ne sont pas encore plongés dans le sommeil, comme moi, ils pensent à leurs choses, disproportionnent leurs soucis qui durant la journée ressemblaient à de petits insectes prêts à être sacrifiés par une grotesque semelle.
Mais la nuit, ils deviennent des mutants effroyables ces ennuis, des monstres invulnérables s’acharnant sur les consciences qui somme toute, ne demandaient qu’un peu de repos bien mérité. La nuit aggrave la moindre emmerde, elle s’amuse à te transformer en fourmi, elle inverse les rôles et t’as toujours celui du faible, de la petite bestiole qu’on écrase, du traître qu’on démasque, du coupable ou de l’innocent qu’on immole.
T’as beau te couvrir avec les draps, ils sont complices des ténèbres, jamais ils ne concèdent à jouer les boucliers, t’es juste en danger, désarmé, fichu. Alors le combat commence sur un ring, dans une arène, une putain de tranchée. La nuit se Métamorphose, la créature immonde te pique, te mord, te grignote, te bouffe les hémisphères et tu vois sa mâchoire implacable trancher ta vie.
Ben non, t’as plus de fric ou plus d’amour, telle ou telle autre personne que tu voudrais insignifiante t’a trahi, banni, insulté. Ton hyponchondrie et ton mal de gorge ne font pas bon ménage, ils confectionnent une bombe d'effroi toute prête à exploser dans ta chair; peut être que ta mère vient de mourir ou pire(?) , que demain tu devras assurer face à un débile qui dans tout le pouvoir de sa connerie décidera de ton sort. Peut être encore que l’unique invasion de ta solitude se met à phagocyter ton corps tout entier, tes cellules, tes muscles, tes liquides, tes muqueuses et ton cœur. Ce satané cœur, cœur cérebré qui joue au penseur. Ce cerveau qui palpite, qui s’accélère.
T’as peur.
Tu flippes parce que la nuit t'aliène à ses démons quand tu dors pas, qu’elle t’enlace dans une étreinte amputée de ses bras, qu’elle se moque que tu sois tout juste humain, elle s'en tamponne et s’en lave les mains.
18 mai 2009
Shéhé
La magie de l’existence nous joue des tours sur la vie et de son chapeau, jaillissent les colombes blanches qui emportent nos maudites chimères vers d’improbables berges attendant vainement l’eau d’un fleuve tari. Il n’y a de sourires que pour celui qui sait les voir dans le reflet de son propre miroir.
Alors si devant glace tu te surprenais à sourire, tu y verrais sans doute aussi mes dents, superposées aux tiennes dans une grimace d’enfant que les années et toutes les petites misères n’auront jamais pu effacer. Ce qui nous paraît le plus étrange dans nos minuscules conditions, c’est tout ce qui ne nous est pas intrinsèque. Il faudrait pouvoir cueillir les fleurs de l'étranger, du voyageur pour respirer ses saisons, ses couleurs, ses félonies, sa loyauté, l’odeur d’un coussin sur lequel sa tête se serait reposée, celle de l’histoire contenue dans ses mains, juger de l’état de ses semelles pour savoir combien il a marché, s’assoir sur les marches de son phare sans jamais s’obstiner à vouloir les compter, s’assoir juste pour reprendre son souffle avant de poursuivre l’ascension.
Le thé est prêt mais il y du vin si tu veux.
16 mai 2009
Le yogourt
Je suis Miss Chez Moi et je mange du yogourt. Ce que je pense de la politique extérieure de l’extérieur ? Ben, la guerre c’est pas bien et il faudrait plus que les armes soient vendues à des méchants, les gentils c’est pas pareil, ils ne tuent pas.
Ce que je fais dans la vie ? Et ben je mange des yogourts, je compte sur mes doigts les ridules sous mes yeux et j’étudie pour être moins conne de jour en jour et devenir Miss Univers Cuisine.
Le réchauffement de la planète ? Ben on n’aura plus à allumer le chauffage, on fera plein d’économies. Le recyclage c’est quelque chose de bien aussi, on a l’impression d’en sortir grandis. Mes petits-enfants ils pourront être fiers de moi quand ils boiront de l’eau en bouteille que même la bouteille aura été régénérée des années durant et peut être même que ce sera la même bouteille où j’aurais bu dedans…
Madame Sans Fontanelle, vous avez du rouge à lèvres sur les dents.
J’ai une sorte d’eurovision, une vision européenne de la France que je représente avec fierté. Le théorème de Thales ? J’ai toujours dit que les mères devraient avoir droit à une thalassothérapie gratuite deux fois par an. Le président de la République ? Monsieur Krazuki …euh… Kawazaki est un grand homme et il se tape un canon, bon plus vraiment tout jeune mais on a fait tant de progrès contre la rouille…
Je suis très émue, je sais pas quoi dire, je suis nature, je sais jamais quoi dire en fait. Merci, merci . Je tiens à remercier ma mère, mon père, ma cousine Paulette, mon prof de gym du Collège Louis Aragon, Louis Aragon aussi, ben oui, sans lui je n’aurais jamais rencontré mon prof de gym. Merci aussi au public qui a tapé 5 et au jury. Je remercie Madame sans Fontanelle surtout.
15 mai 2009
Décomposée.
Les enfants d'occasion analysés par une dame qui n'est même plus cotée à l'argus depuis ...(?).
Un tas d'os préhistoriques ma foi, bien enrobés qui patauge dans les bonnes manières misogynes et humiliantes , vient nous parler ici de "Mes enfants", peut être des vôtres aussi.
Il me vient comme une envie de révision devant tant d'ineptie mécanique, ce joint de culasse fumeux, cette suspension dans l'absurde, ce dégonflage de neurones, ce plein de mauvais carburant qui a niqué le moteur, cette clé de contact avec le monde qu'elle a dû perdre on ne sait quand sans avoir pris la précaution d'en faire des doubles. La voilà qui patine, s'embourbe dans sa propre fange cérébrale, qui perd de l'huile, de l'eau. Je me dis, vu l'état de la carrosserie que les plaquettes de freins doivent être en piteux état ce qui expliquerait cette glissade dans les excréments.
Le contrôle technique d'un tel esprit n'offrirait pas d'autre choix que la casse, et encore nous prendrions le danger qu'il ne soit recyclé un jour ou l'autre en canette pour sodas.
Imaginez un peu le goût du gasoil s'insinuant dans nos gorges...
19H17, rajout du soir :
« Ca ressemble à la Toscane, à ces paix qu’on signe un jour » mais s’il n’en a pas conscience, c’est d’l’amour ».
Notre rencontre fut une guerre, un champ de bataille, un charnier plein d’entrailles. Mais je l’aime. Peu importe l’identité de cet « amour », sa nature non conventionnelle, son commencement involontaire. Peu importe comment se nomme cet amour « immaternel ».
Il m’en fit voir de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, plein d’épines qu’il était le môme, d’arrogance et de haine de défense, de cette obligation légitime de ne pas trahir sa mère. Me détester était tout un prétexte pour lui prouver son amour infini, la fidélité qu’il aura envers elle contre toute épreuve. Les mots et les silences, le temps, les mots et le silence ont éternué dans un rhume de compromis imprononçables, dans une grippe composée d’une famille recomposée, dans une chambre en guise de jardin secret, de territoire délimité, un pot de gel capillaire jamais refermé, de linge en boule à laver, de l’intervention de sa maman à travers ma difficulté, difficulté à ne jamais la remplacer. Enfin difficulté est un bien grand mot, un terme assez hypocrite en fait. Je suis déjà mère de trois enfants nés par césariennes, vous conviendrez qu’un quatrième aurait fini par m’achever.
C’est vrai, tout est d’occasion en fait ici, j’y ai bien réfléchi, du bricolage au jour le jour. Le beau-fils n’est pas mon fils, mon utérus ne l’a jamais accueilli, je n’ai jamais demandé non plus à l’adopter. Tout est officieux, d’un commun accord muet, pas écrit, pas prononcé. Pourtant le rapiéçage des êtres implique plus que de l’amour, il nécessite une forme de sagesse, de tolérance, d’intelligence émotionnelle, des milliers de compromis, l’apprentissage de l’autre, une écoute de tout instant, une complicité pudique, du bout des lèvres, au détour d’un regard de connivence qu’il faut savoir attraper au vol, sans en perdre le sens, la symbolique, le cadeau. Demain je mourrai, que restera-t-il de tout ça ? Après demain le père de mon beau-fils et moi nous séparerons, à quoi tout ceci aura bien pu servir ? La réponse qui me vient là, tout de suite : A vivre une magnifique aventure humaine. La famille n’est pas religieuse, ni génétique. Elle est identitaire par le fait que quelle que soit sa composition, elle renferme les êtres qui ont fait ce que nous sommes.
13 mai 2009
Les bulles
Quand j’avais cent dix sept ans
J’étais belle, ridée, fière et incrédule
De ma bouche édentée gisaient des bulles
Comme celles que font les enfants
En écartelant la bave entre leurs lèvres.
09 mai 2009
La pâquerette
Nous épluchions les pâquerettes, arrachant du cœur de la fleur les pétales délicats sans le moindre scrupule. L’amour s’enfuyait avec le souffle de nos rires, des un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout formaient des chapelets cacophoniques jusqu’à la nudité du bouton. Pour qu’il n’ait pas honte, nous lui laissions, l’ultime feuille blanche, le verdict.
- « Tu vois, je l’aime à la folie, disait Aicha alors qu’un sourire lui échappait de la bouche comme un prisonnier s’évaderait d’une prison. Toi, tu ne l’aimes pas du tout, laisse tomber, la fleur a parlé, il est pour moi.
- Promis, il est pour toi. »
A cet instant, je réalisais que les femmes pourraient toujours être des amies pour moi, comme ma mère, comme celles qui apparaîtraient au détour de mes déserts telles des mirages et que la vie ferait disparaître. Je savais qu’elles seraient aussi des ennemies, des rivales, des dangers, que je serais tout cela également pour certaines. Les femmes s’aiment ou se détestent, généralement l’indifférence n’est pas de mise entre elles, c’est un mauvais placement qui ne rapporte rien. Ce qui déchirait les filles de la cour d’école équivaut à ce qui les écartèle dans la cour des grands. En fait avec le temps, on ne distingue pas d’évolution réelle sur le comportement induit par la progestérone et les œstrogènes. Pourtant c’est avec une femme que j’ai pu rire en disséquant les hommes, la vie et le monde. C’est avec elle et elle seule que j’ai appris à m’épiler, me faire jolie ou être moche dans des tourbillons de colère, de gémellité détrônant tous les astres de l’univers, une multitude de reflets dans les glaces à la fraise, des ivresses de mots délivrés par l’alcool de l’amitié, de tout ce qui peut désinhiber, mettre à nu, libérer. La perfidie ne fait pas le poids lorsqu’elle est assaillie par la sincérité, il n’y a qu’avec une amie que j’ai pu le discerner.
Les femmes qui s’aiment ont un pouvoir absolu, celui de se deviner, de se confondre, de se raconter, celui de se ressembler dans un anachronisme qui offre la comparaison, la compréhension, la compassion, le recul, la communion. Nous serions une force si nous en prenions conscience en laissant l’orgueil et la jalousie dans l’archaïsme où ils sont nés, dans le trou abyssal que nous avons sans cesse creusé entre nous. C’est pas que je veux faire la morale, c’est pas que je me sens meilleure, non, parfois même je me sens pire. C’est juste pour me sentir libre, dans l’innocence de ma culpabilité hormonale, juste pour avoir ma place dans la cour des grands, dans ce monde où la guerre des nichons a fait déjà trop de victimes, où la bataille des ovaires a renversé la sagesse et la dignité, ce monde où nous autres femmes nous protégeons dans de ridicules tranchées nos atouts, nos séductions malhabiles, nos piètres cils de biches, nos ongles plus ou moins ou pas du tout manucurés. L’étreinte, l’écoute ou le silence de l’amie devraient rejoindre le respect pour la sœur, l’inconnue, l’étrangère, la petite fille, la jeune femme, la mère ou la grand-mère qui me sourient. Nos mains dans la semoule, le caca, l’eau de vaisselle, dans le slip de l’amant ou du mari, nos mains se touchent et se ressembleront toujours. Oui les filles, je suis vous et vous êtes moi, un peu, beaucoup, à la folie, passionnément.
05 mai 2009
Le Paradise Club
Devant la porte du bistrot (ou du bordel) Paradise Club elle n’aurait peut être pas d’autre choix que d’obéir lorsque Pedro le videur prononcerait un méprisable : Je sais tout de toi, alors parle !
Elle balbutierait sans doute en tremblotant que jamais elle n’avait fumé d’herbe avant ses trente ans, assise sur un canapé avec sa meilleure amie, qu’elle avait ri puis vomi, puis ri puis vomi encore et qu’en allant chercher ses enfants à l’école cet après midi là, elle avait trouvé les mamans-commères-femmes-épanouies étrangement hilarantes avec leurs goûters dans les mains attendant leurs mômes tout en lapidant leurs congénères à grand coups de médisances et de sourires faussement sympathiques. Elle ajouterait qu’un joint c’est probablement mieux qu’une capsule de Prozac. Le Prozac ça fait rire mais pas dégueuler, qu’expulser la douleur et l’abandon ça soulage.
Elle avouerait avoir piqué des bonbons chez le vendeur de tabac lorsqu’enfant, son père l’envoyait acheter ses Winston, qu’elle avait coupé une grande mèche des longs cheveux blonds de sa camarade de classe au collège, assise devant elle en cours de mathématiques, sans que la victime capillaire ne s’en rende compte, enfin, jusqu’à la récré. Ils étaient beaux ces cheveux d’or, trop beaux et trop insolents à son goût.
Elle admettrait aussi que plus tard, elle aurait bien couché avec son prof de philo parce qu’il n’était pas insolent du tout lui, mais comme les cheveux de l’autre, ou plus encore, il était beau. Elle lui raconterait ce soir de décembre où elle jeta par la fenêtre de sa chambre un trognon de pomme sur la voiture d’un voisin procédurier, trognon que ce même voisin fou de rage devait découvrir au matin collé par le gel à son pare-brise. Elle aurait un peu honte de dire qu’à l’aube, ce spectacle la fit mourir de rire, cachée derrière ses rideaux du haut de ses huit ans. Elle confesserait avoir fait un resto-basket un jour d’été à Annecy alors qu’elle était fauchée. La tartiflette était si bonne qu’elle avait eu un mal fou à regretter son acte. Et puis de toute façon, elle avait payé à demi sa faute par une course folle qui l’avait épuisée.
Le Pedro pourrait bien prendre son air solennel de gendarme (celui qui n’attache jamais sa ceinture, qui boit du blanc dès six heures du matin et qui fait chier tout le monde surla RN86), oui Pedro pourrait bien tenter de lui faire peur, elle concèderait tout de même avoir les gênes de sa mère sans la gêne. Elle confierait avoir eu des milliers de "pensées interlopes" lorsque son ex mari (un animal en rut perpétuel) la cocufiait à son insu. Oui, elle avouerait s’être éprise en secret du collègue de travail, du médecin, de l’ébéniste, du tétraplégique quadragénaire, du gynécologue et son doigté, sans jamais tromper son homme. C’est vrai concèderait-elle, l’adultère métaphysique reste un adultère. Mais dans le désamour ne cherche-t-on pas l’amour ?
Elle dirait avoir menti des centaines de fois, avoir fait l'amour sans amour deux ou trois fois dans la solitude du célibat, pour la caresse et l’orgasme qui rendent humain, n'avoir pas eu le moindre scrupule en congédiant ses amants de fortune en pleine nuit, juste pour ne pas se réveiller auprès d’eux le lendemain matin. Parce que lorsque le jour se lève les miroirs sont impitoyables, que le sommeil est une ablution, qu’il éloigne la réalité par le rêve mais que le réveil doit rester un retour au réel. Elle oserait rajouter qu’elle adorait dormir en étoile de mer. « En étoile de mer ???? C’est quoi ça ? » Demanderait Pedro consterné.
Elle avait haï aussi, jalousé, juré en évitant de promettre, promis sans toujours honorer ses promesses, fait pipi dans une cage d’escaliers guidée par sa vessie prête à exploser.
Quitte à lui déplaire, elle confierait à Pedro qu’un jour elle avait volontairement mélangé tous les dieux de la terre en écrabouillant leurs dogmes dans un robot mixeur, que l’appareil lui avait offert le Visage, la Conscience et l’Inconscience de l’Homme.
Bon Pedro j'me les gèle là , lui dirait-elle agacée, je peux entrer oui ou non ?
Non Bougresse, lui répondrait-il probablement, délit d’existence, désolé, le Paradise Club c’est pas pour toi.
Libérée, elle serait heureuse de ne pas lui avoir fait La liste exhaustive. Soulagée, elle répondrait :
Il n’y a pas plus beau paradis que la mémoire de ceux qui nous ont aimés.
04 mai 2009
H1N1
Il me dit que je suis sa grippe porcine, son virus H1N1, sa fièvre cochonne, qu’avec ou sans masque il se frotterait à moi, qu’il en oublie la crise. Alors je me dis qu’il ne peut rien y avoir de très grave à tout cela, que c’est la cigarette, ou un camion, ou bien encore un mauvais crabe qui nous tuera.
03 mai 2009
Le bilan
(Je n'ai pas trouvé le nom du photographe.)
S’il te plaît, merci.
Pardon.
Après toi.
Bonjour.
Excuse-moi.
Pas de problème.
Comme tu veux.
De rien.
Je t’en prie.
Bien sûr.
Combien ?
Quand ?
Tu peux compter sur moi.
Je te déteste.
Tu m’indiffères.
Ferme-là, tu fatigues même les morts.
Pousse-toi.
Tu m’emmerdes.
J’t’aime pas.
Bonjour, tu vas bien ?
Quoique tu répondes, je m’en tamponne.
Mon sourire magnanime n’est qu’indulgence.
Pas envie de te causer.
Je souris pour m’en épargner.
Un café ?
Manu Chao te suggérerait d’aller te le servir toi-même
Moi, je te le sucre.
Je t’en ai mis quatre.
Et un crachat.
Pas de problème.
Je te le touille.
Un peu de compassion ?
J’éternue dans ton arabica.
Je suis allergique aux cons.
Je penserai à oublier tes instructions.
Le protocole ?
Les règles à suivre ?
Tu veux peut être une petite pipe ?
Je n’ai que des Camel et tu ne fumes pas.
Ah si ta femme savait ça !
Bonjour patron.
J'ai rêvé que tu t'encastrais sur le dix neuvième poteau de la RN 7 direction Nord-Sud
Mais tu mates mon non-décolleté !
J’y crois pas.
Oui, je les appellerai… Quand ça me chantera.
C’est un supplice que de passer dans les toilettes après toi.
Tu dois avoir un rapport très intime avec le caca.
Un peu de papier ? Une brosse à toilettes ? Un désodorisant ?
Merci patron.
Je papillonne de joie.
Je pisserai en apnée.
Non merci, garde ton tuba.
L’emploi du temps, l’agenda, les rendez-vous ?
Attends, je pense à la liste de mes courses là.
Tu permets ?
Ben pas moi.
Les factures clients ?
Faut déjà que je paie celle d’EDF, patron.
Tu t’en tamponnes là ?
Les intérimaires, pas de « gris » ?
J’adore Abdel et Fatima.
Je peine avec Le Pen.
Cause toujours, c’est moi qui appellerai l’agence d’intérim.
Abdel et Fatima seront là lundi.
Le cours de ton négoce à la Bourse ?
Il ne pourra jamais être plus bas que ton esprit.
Tu vois, tu ne devines même pas ce que je pense quand je te souris.
Allez, retourne t’en à tes affaires, lâche-moi un peu, j’ai du boulot…
Oui, bien sûr, je n’oublierai pas.
D’oublier tes ordonnances.
Ah ah ah ah ah ah ah ah ah ah…
Qu’est-ce qu’elle est bonne ta blague pipi-caca.
Mais t’es un comique toi !
Faire semblant de se marrer, exercice épuisant.
J’ai la nausée, prête à gerber sur tes pompes.
Allez, par pitié, casse-toi.
Oui, c’est ça patron, à tout à l’heure.
28 avril 2009
Le marbre
J’ai peur et de cette peur naît une honte culpabilisante comme celle que je pourrais avoir si j’avais volé une pomme et que je m’étais fait prendre en flagrant délit par un vendeur outré, s’époumonant de colère sur un trottoir bondé de passants. Je suis comme ankylosée rien qu’à la pensée d’aller leur rendre visite. Il y fait froid même en été, le silence de mort y règne même lorsque les oiseaux annoncent le printemps, là bas, c’est toujours l’hiver. Là bas, les fleurs pourrissent sous toutes les saisons, le parfum des chrysanthèmes agonisants singe celui des habitants immobiles dans leur maudite éternité. Peut être que ce monde est fleuri de bourgeons arrachés à la vie ne servant qu’à masquer les relents de la mort, un peu comme un camouflage, un mauvais leurre, un appât infâme pour les survivants. Pourtant, je le concède, les morts ont quelque chose d’apaisant, une sérénité sans comparaison. Les morts possèdent le silence absolu, le silence d’une nuit immortelle, le mutisme de la sagesse. Ils nous parlent sans faire de bruit, du fond de leur quiétude, ils nous laissent impuissants face à leur imperceptible ennui. Ils doivent spleener à mort les morts, mais ils ont l’incroyable décence de nous épargner ce genre de détails. Les os sont pudiques, les charpentes habillées d’humilité. Les défunts renferment cependant dans leur modestie le pouvoir de nous taquiner, leurs asticots nous asticoteront toujours un peu. Des épitaphes ironiques, des dates à faire flipper, des rappels à l’ordre, des : « Vous aussi vous y viendrez »
Tout un message funeste, tout un pamphlet sur l’existence, toute une évidence incontournable, une absence insoutenable. Mais insoutenable pour qui ? Pour celui qui reste ou celui qui est parti ? La prophétie du cimetière a cela d’agaçant, elle ne propose pas de solution, pas de comparaison possible, pas de réponse irréfutable. Oui, car finalement les morts vivent peut être heureux, une nuit pérenne sans l’alarme du réveil, une vie sans problème, sans besoin de vitamines, sans douleur quelconque, sans obligation de répondre, de parler, d’aller dîner avec des cons qui somme toute sont de gentils cons, le bonheur quoi. Peut être même qu’ils se marrent en voyant nos pieds dans la boue, en écoutant nos mots dérisoires, nos silences de recueillement devant leur porte de marbre ou de pierre scellée par l’inévitable. Pourtant, je répugne l’instant de ces visites au point de les espacer honteusement dans le temps. Visiter un cimetière « étranger » peut avoir un côté agréable et revitalisant pour moi, oui, on ne se sent jamais autant en vie que parmi les morts, mais dans l’ultime résidence des miens, mon cœur tombe à chaque fois devant la tombe de mes parents, alors je le retiens avec une main.
A Enrique, mon meilleur grand frère.
Je t'aime
21 avril 2009
20 avril 2009
Ovaire blog
Je ne suis pas une intellectuelle, vous l’aurez deviné, un peu cérébrale comme la plupart des femmes, certes, mais en rien dotée d’une intelligence supérieure. Je m’invente une célébrité ici même, dans ce monde où il me faut vous séduire alors que je viens de laver les toilettes à fond, que mes mains sentent la javel et que mes ongles courts sont par la force des choses désormais bien aseptisés, ben oui, je lave mes WC sans gants, tout comme mes casseroles et mes petites culpabilités. Ma vie est d’une banalité réconfortante, ça ne me coûte rien de vous l’avouer. Je chemine vers un purgatoire improbable entre l’enfer et le paradis. Je souris.
Immigrée-émigrée que je suis, fille d’immigrés-émigrés, (indissociables qualificatifs). Papa était tourneur athée, maman bonne épouse et mère catholique. Je vous plais toujours ? Je peux continuer ? Mes copines me traitent de sauvage indélicate alors que je suis une sauvage assez raffinée qui sait sourire en société et tenir la route dans toutes sortes de discussions et sur n’importe quel sujet même si je ne le maîtrise pas. Je ne suis puriste en rien, maniaco-cyclothymique née, j’ai cependant cette aptitude à apprivoiser les pensées, les idées, les sensations, les réactions de façon désordonnée. Et autour d’une table endimanchée j’ai assez de fierté et d’arrogance pour réfuter, riposter, concorder, insinuer, bloquer, agacer. Je vous parle pour me parler à moi-même, je vous utilise en quelque pour me rassurer, pour ouvrir une porte dans le couloir de ma banalité, une porte sur des regards inconnus, des regards autres que ceux de mon patron lubrique et tout pissant(le U, c’est pas pour lui), des regards différents de ceux que mes mômes posent sur moi lorsqu’ils veulent à tout prix me soutirer du fric ou une quelconque bénédiction, ou une putain de permission pour sortir les samedis soir, ou encore grignoter des saloperies un quart d’heure avant le dîner. Ici, je suis presque une star sans aucune Académie, sans compte à rendre à part celui d’une habile addition de mots susceptibles de vous séduire. Ici, je me sens libre dans une prison cybernétique qu’il faut abreuver, conquérir et familiariser tout en gardant le mystère d’une femme qui se voudrait mythique à ses heures. Je ris.
Ici je me la pète entre mon travail et les chaussettes orphelines, ici je sors le grand jeu, je suis une princesse, une reine, une femme fatale, une femme-enfant qui demande l’itinéraire, la trajectoire vers un paradis, un éden de pixels, un trésor de statistiques, une manne de pages lues, une pathétique "célébrité" qu’à tout moment je pourrais exterminer par un simple clic. Un petit clic sur « SUPPRIMER CE BLOG » et je m’en retournerais dans l’anonymat d’une vie sans étalage de mes déboires, mes peurs, mes certitudes à la con, mes aveux, mes non-dits. Je n’ai de talent que pour repasser impeccablement les chemises de mon homme et cuisiner les spaghetti à la carbonara, mais ici, vous autres lecteurs m’octroyez sinon le talent de bien écrire celui au moins d’être lue. Ce qui n’est pas rien, vous en conviendrez. Néanmoins, la gloire n’est pas là, elle demeure en chacun de nous à travers nos actes, les petits gestes qui rendent possible notre existence dans la vie de chaque jour. La popularité, implique par son étymologie même, l’appartenance au peuple, en cela oui, je suis populaire. Aucun clic ne m’enlèvera jamais cette évidence. Je me plais à imaginer des morceaux de vos vies, si j’écris ici bas c’est aussi pour mélanger mes mots aux vôtres, pour colorer mes journées de vos tableaux, voyager dans vos photos, frémir en lisant vos poésies. Mais il y a ces jours où je me pose la question: Pourquoi ce blog ? Ces jours où il me plairait de cliquer sur la gâchette de ma souris pour en finir, pour me reposer et surtout parce que la femme là haut, après tout, ce n'est pas réellement moi.
C’est un peu long tout ça, surtout pour ne rien dire, si vous m’avez lue jusqu’ici, vous me voyez désolée du vide et de l’incohérence de ce texte. Et comme dirait le grand Jacques « Il est tard, je rentre chez moi. »




















